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Visiter Stone Town, la vieille ville de Zanzibar

Ruelles étroites, portes sculptées, marchés, mémoire de la traite et front de mer au coucher du soleil : la vieille ville se visite lentement.

Porte en bois sculpté cloutée de laiton dans une ruelle de Stone Town

Pourquoi Stone Town est le cœur de l'archipel

Si la beauté des plages contribue à faire de Zanzibar une destination mythique, la renommée de l'archipel vient d'abord de sa vieille ville. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis l'an 2000, Stone Town est le témoignage le mieux conservé d'une ville commerçante swahilie de l'océan Indien, où se sont superposées les influences africaine, arabe, indienne et européenne.

Ce qui frappe en y entrant, c'est la densité. Les maisons hautes, construites en pierre de corail et en bois de mangrove, se resserrent sur des ruelles trop étroites pour une voiture. On y circule à pied, on s'y perd volontairement, et l'on débouche tour à tour sur une cour d'école, une échoppe de tailleur, une terrasse de café, un chantier de restauration, une mosquée discrète. Tout y est encore habité : Stone Town n'est pas un décor, c'est un quartier où l'on vit.

Cette ville explique le reste de l'île. On comprend en la parcourant pourquoi Zanzibar a compté dans l'histoire du commerce, comment les épices, l'ivoire et la traite y ont croisé les routes de la mousson, et d'où viennent la langue swahilie, la cuisine et les usages que l'on retrouvera ensuite dans les villages du littoral.

Séjourner à Zanzibar sans la visiter serait une erreur, et c'est ce que nous disons à tous nos voyageurs, y compris à ceux qui viennent pour la plage.

Un peu d'histoire

Le peuplement d'Unguja, l'île principale, aurait commencé environ trois mille ans avant notre ère, des habitants de la côte orientale de l'Afrique ayant débarqué sur de frêles embarcations. Les vents de la mousson, favorables à la navigation à l'aller comme au retour, ont ensuite fait naître un commerce qui reliait les côtes d'Arabie à l'Inde en passant par la corne de l'Afrique.

Stone Town, première ville d'Afrique construite en pierre, a été fondée par les Bantous au VIIIe siècle. Aux VIIIe et IXe siècles, les Perses de Shiraz s'y implantent et favorisent le métissage entre Arabes, Africains et Perses, dont naît la culture swahilie. Au XIe siècle, les Omanais tentent sans succès de s'installer.

À la fin du XVe siècle, les Portugais s'établissent sur toute la côte est de l'Afrique, d'Oman au Mozambique, et Zanzibar passe dans leur orbite pendant près de deux siècles. Au XVIIIe siècle, l'archipel tombe aux mains des sultans de Mascate et d'Oman.

En 1832, le sultan Sayyid Said fait construire sa résidence à Zanzibar, encourage la production agricole et met en place une activité marchande intense : c'est l'âge d'or des plantations de girofle et du grand commerce, mais aussi celui du plus important marché aux esclaves de la côte est-africaine. Son domaine, de nature commerciale plus que territoriale, s'étendait jusqu'au continent.

Ses successeurs, n'étant pas propriétaires en droit des terres qu'ils contrôlaient, ne purent empêcher leur annexion par les Allemands et les Anglais. Zanzibar est proclamé protectorat britannique en 1890 : le sultan restait sollicité pour les cérémonies, mais la plupart des décisions étaient prises par le résident anglais. Notre chapitre histoire de Zanzibar poursuit ce récit jusqu'à la révolution de 1964 et l'union avec le Tanganyika.

Que voir

Stone Town se visite moins par une liste de monuments que par une déambulation, mais quelques lieux structurent la promenade et méritent que l'on s'y arrête.

Le front de mer

Le fort arabe, construit par les Omanais à l'emplacement d'une église portugaise, ouvre sur une cour où se tiennent aujourd'hui des concerts et un marché d'artisanat. À côté se dresse la Maison des Merveilles, le plus haut bâtiment de la ville, premier édifice de Zanzibar à avoir eu l'électricité et un ascenseur, avec ses vérandas à colonnes et ses immenses portes. Le palais du sultan, voisin, raconte la vie de la famille régnante.

La mémoire de la traite

La cathédrale anglicane est bâtie sur l'emplacement de l'ancien marché aux esclaves, et son autel se trouverait à l'endroit du poteau de flagellation. Les anciennes chambres de détention, conservées en sous-sol, se visitent : c'est une étape brève et éprouvante, que nous recommandons malgré tout, parce qu'elle appartient à l'histoire de cette ville autant que les palais.

Les marchés et le port

Le marché de Darajani se parcourt le matin : épices en monticules, poissons, fruits, viande, ustensiles, dans un vacarme et des odeurs qui donnent la mesure de la ville réelle. Vers le port, les chantiers de construction de boutres perpétuent un savoir-faire vieux de plusieurs siècles, et l'on peut regarder les coques prendre forme à ciel ouvert.

Les mosquées et les Forodhani Gardens

Les mosquées, nombreuses et souvent discrètes, ponctuent les quartiers ; leur visite n'est pas toujours ouverte aux non-musulmans, et il convient de le demander plutôt que d'entrer. En fin de journée, les Forodhani Gardens, le long du front de mer, s'animent : les stands de cuisine s'installent, brochettes, poissons grillés, beignets, et les enfants plongent depuis le quai. C'est le rendez-vous du soir, et le meilleur endroit pour finir la journée.

La visite guidée

Notre visite de la vieille ville se fait avec un guide francophone qui replace chaque lieu dans l'histoire de l'archipel. Cette page décrit le lieu, la fiche décrit la sortie.

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Les portes sculptées, la signature de la ville

On ne photographie rien autant, à Stone Town, que ses portes. Elles sont des centaines, en bois massif, encadrées de linteaux et de montants sculptés, souvent bien plus anciennes que la maison qu'elles ferment, parfois déplacées d'une bâtisse à l'autre au gré des reconstructions. Elles étaient le signe extérieur du rang de la famille : on investissait dans sa porte comme ailleurs dans une façade.

Elles se lisent, et cette lecture change la promenade :

  • un linteau droit et une ornementation sobre, en général géométrique ou calligraphique, signalent une maison omanaise, d'inspiration arabe ;
  • un arc ouvragé surmontant le battant, des volutes florales, des feuillages et des motifs foisonnants indiquent une maison indienne, généralement plus tardive ;
  • les gros clous de laiton qui hérissent certains battants viennent de la tradition indienne, où ils protégeaient des charges d'éléphants, usage sans objet à Zanzibar mais conservé comme marque de prestige ;
  • les motifs sculptés ont chacun leur sens : la chaîne pour la sécurité, le poisson pour la fécondité, le lotus pour la prospérité, la datte pour l'abondance.

Prenez le temps d'en regarder une dizaine dans la même matinée : on finit par reconnaître les quartiers à leurs portes, et par deviner qui habitait où.

Combien de temps y consacrer et quand

Nous recommandons deux nuits, en début de séjour plutôt qu'à la fin. En début de séjour, la ville est à vingt minutes de l'aéroport, ce qui évite un long transfert le jour de l'arrivée, après une nuit de vol. On récupère, on visite, et l'on part ensuite vers la plage avec les clés de lecture de l'île en poche. Placée en fin de parcours, elle se retrouve souvent sacrifiée à la fatigue ou à un vol du soir.

Une journée pleine suffit à voir l'essentiel, mais deux nuits offrent deux moments qui font la ville : le marché de Darajani tôt le matin, et les Forodhani Gardens à la tombée du jour. Marchez le matin, entre le lever du soleil et dix heures, quand les ruelles sont encore fraîches et la lumière rasante ; réservez le milieu de journée à un musée ou à un café en terrasse.

Quelques usages à respecter, que nous rappelons dans notre chapitre culture et savoir-vivre : couvrez les épaules et les genoux, en ville ce n'est pas une plage ; demandez avant de photographier une personne ; pendant le ramadan, évitez de manger et de boire en public dans la journée. Enfin, prévoyez des chaussures confortables, les ruelles sont pavées et irrégulières.

Où dormir à Stone Town

La vieille ville compte surtout de petites adresses installées dans d'anciennes maisons de marchands : patios, escaliers étroits, terrasses sur les toits d'où l'on voit la mer par-dessus les tuiles. C'est une expérience très différente d'un hôtel de plage, et c'est ce qui en fait l'intérêt pour deux nuits.

Nos adresses de la vieille ville sont réunies plus bas sur cette page. Le choix se fait au cas par cas, selon le nombre de voyageurs, le niveau de confort recherché et la tolérance au bruit, qui varie beaucoup d'une rue à l'autre et d'un appel à la prière à l'autre. Dites-nous ce que vous cherchez, nous vous envoyons deux ou trois propositions comparées.

Face à la ville, à quelques minutes de bateau, l'île privée de Bawe Island permet de combiner les visites et une parenthèse au calme, et Chumbe Island Coral Park, au sud-ouest, offre une réserve corallienne protégée. Toutes nos adresses sont réunies sur la page hôtels de Zanzibar.

Le festival Sauti za Busara

Chaque année en février, Stone Town accueille Sauti za Busara, les sons de la sagesse, l'un des grands rendez-vous de musique du continent africain. Les concerts se tiennent principalement dans l'enceinte du fort arabe, avec des artistes venus de toute l'Afrique de l'Est et d'ailleurs, et la ville entière change de rythme le temps du festival.

Si vos dates tombent dans cette période, cela vaut la peine d'organiser le séjour autour : c'est l'un des rares moments où l'on voit la vieille ville vivre pour elle-même et non pour ses visiteurs. Les hébergements de la vieille ville se remplissent alors très tôt, prévenez-nous en amont pour que nous réservions à temps. Le mois de février est par ailleurs une bonne période climatique, comme l'explique notre chapitre quand partir à Zanzibar.

Nos hôtels à Stone Town

Des maisons de marchands transformées en boutique-hôtels aux adresses les plus confortables de la vieille ville. Les tarifs dépendent de la période et de la catégorie de chambre.

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