Un carrefour de l'océan Indien
Zanzibar doit son histoire à la mousson. Pendant des siècles, les boutres venus d'Arabie, de Perse et d'Inde ont descendu la côte est-africaine avec les vents de la fin de l'année, avant de remonter quelques mois plus tard portés par les vents inverses. Cette navigation régulière et prévisible a transformé l'archipel en escale obligée, bien avant que l'on parle de sultanat ou de colonisation.
De ces allers et retours répétés est née une civilisation à part, ni tout à fait africaine ni tout à fait arabe : la civilisation swahilie, tournée vers le large et organisée autour de villes portuaires égrenées le long de la côte, de la Somalie au Mozambique. Zanzibar, avec ses deux îles principales d'Unguja et de Pemba, en est devenue l'un des points d'ancrage les plus importants.
La naissance de la civilisation swahilie
Le kiswahili, langue de l'archipel encore aujourd'hui, résume à lui seul ce brassage : une grammaire bantoue et un vocabulaire largement enrichi d'emprunts arabes, hérités de siècles d'échanges commerciaux et religieux. L'islam s'implante progressivement sur la côte est-africaine dès les premiers siècles de notre ère, porté par les mêmes routes maritimes que les marchandises.
Stone Town, aujourd'hui cœur historique de la ville de Zanzibar, s'est développée à cet emplacement précisément parce qu'il offrait un mouillage abrité et une source d'eau douce, deux conditions déterminantes pour une escale de commerce. Les maisons de pierre corallienne qui caractérisent encore la vieille ville témoignent de la prospérité accumulée par les familles de marchands qui s'y sont installées au fil des générations. Notre page visiter Stone Town détaille l'architecture née de ces influences superposées.
Le sultanat omanais et l'âge d'or du commerce
Après plusieurs tentatives d'implantation infructueuses, les Omanais prennent pied durablement sur l'archipel au dix-huitième siècle, à la faveur du déclin de la présence portugaise sur la côte. Le tournant décisif intervient au début du dix-neuvième siècle : le sultan d'Oman Seyyid Saïd choisit d'installer sa cour à Zanzibar plutôt qu'à Mascate, faisant de l'île la capitale de fait de son sultanat.
Cette décision transforme durablement l'économie de l'archipel. Les plantations de girofle, introduites quelques années plus tôt, se multiplient sur Unguja et sur Pemba, au point que Zanzibar devient l'un des tout premiers producteurs mondiaux de cette épice. Le port de Stone Town se hisse au rang de place commerciale majeure de l'océan Indien occidental, où se croisent marchands arabes, indiens et européens. Une visite de plantation, très simple à organiser depuis Stone Town, permet aujourd'hui de voir sur pied ce que cette période a laissé dans les cultures de l'île : voir notre fiche visite d'une plantation d'épices. Notre chapitre cuisine et épices raconte ce que cette production a laissé dans les assiettes.
Le commerce des esclaves et son abolition
Cette prospérité a un envers, qu'il serait malhonnête de taire : au dix-neuvième siècle, Zanzibar est aussi l'un des plus grands marchés aux esclaves de la région, alimenté par des razzias menées loin à l'intérieur du continent africain. Sous la pression diplomatique et militaire britannique, ce commerce est interdit progressivement à partir du milieu du siècle, puis totalement aboli dans les dernières décennies du dix-neuvième siècle.
La cathédrale anglicane de Stone Town a été construite sur l'emplacement de l'ancien marché aux esclaves, et son autel se trouverait à l'endroit même du poteau de flagellation. Les anciennes chambres de détention, conservées en sous-sol, se visitent : c'est une étape brève et éprouvante d'une visite guidée de la vieille ville, mais elle appartient à l'histoire de la ville autant que ses palais.
Le protectorat britannique
Les sultans qui succèdent à Seyyid Saïd exercent une autorité de nature davantage commerciale que territoriale : leur domaine s'étend sur des comptoirs et des routes de commerce plutôt que sur des frontières administrées. Cette fragilité juridique facilite l'annexion progressive de la région par les puissances européennes lors du partage colonial de l'Afrique de l'Est.
Zanzibar passe sous protectorat britannique en 1890. Le sultan conserve son titre et son rôle cérémoniel, mais l'essentiel des décisions revient désormais au résident britannique. Ce statut particulier, entre souveraineté formelle et tutelle réelle, dure plus de sept décennies et façonne une partie de l'architecture administrative et urbaine encore visible à Stone Town aujourd'hui.
L'indépendance et la révolution de 1964
L'archipel obtient son indépendance en décembre 1963, sous la forme d'une monarchie constitutionnelle dirigée par le sultan. Cette configuration ne dure que quelques semaines : en janvier 1964, une insurrection renverse le sultanat et proclame la république populaire de Zanzibar. Cet épisode, bref mais décisif, met fin à plus d'un siècle de pouvoir omanais sur l'île.
L'union avec le Tanganyika et la Tanzanie d'aujourd'hui
Quelques mois après la révolution, en avril 1964, Zanzibar s'unit au Tanganyika, indépendant depuis 1961, pour former la République-Unie de Tanzanie. L'archipel conserve depuis un statut semi-autonome fort, avec son propre gouvernement, son propre président et ses propres institutions pour les affaires intérieures, tout en partageant avec le continent la politique étrangère, la défense et la monnaie.
Cette histoire politique, souvent méconnue des voyageurs, explique certaines particularités administratives de l'archipel, à commencer par des formalités d'entrée qui restent propres à Zanzibar même une fois entré sur le territoire tanzanien : voir notre chapitre visa et formalités.
Les repères en un coup d'œil
| Période | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|
| Premiers siècles de notre ère | Navigation swahilie et échanges avec l'Arabie, la Perse et l'Inde au rythme de la mousson |
| VIIIe et IXe siècles | Implantation perse à Stone Town et métissage à l'origine de la culture swahilie |
| Fin du XVe siècle | Arrivée des Portugais, qui contrôlent la côte est-africaine pendant près de deux siècles |
| XVIIIe siècle | Prise de contrôle par les sultans de Mascate et d'Oman |
| 1832 | Installation de la cour du sultan Seyyid Saïd à Zanzibar, essor du girofle et du grand commerce |
| Seconde moitié du XIXe siècle | Abolition progressive du commerce des esclaves sous pression britannique |
| 1890 | Zanzibar devient protectorat britannique, le sultan conservant un rôle cérémoniel |
| Décembre 1963 | Indépendance de Zanzibar |
| Janvier 1964 | Révolution qui renverse le sultanat |
| Avril 1964 | Union avec le Tanganyika, naissance de la Tanzanie |
| 2000 | Inscription de Stone Town au patrimoine mondial de l'UNESCO |
Ce tableau ne remplace pas une lecture plus approfondie, mais il aide à replacer chaque lieu visité dans sa bonne époque, ce qui change beaucoup la lecture d'une visite de Stone Town.
Ce qu'il reste à voir aujourd'hui
Stone Town, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2000, garde la trace de toutes ces couches historiques : maisons de marchands indiens, portes sculptées d'inspiration arabe ou indienne, mosquées, temple hindou, anciens palais du sultan et bâtiments coloniaux britanniques se côtoient dans un même dédale de ruelles. C'est ce même quartier qui explique, par ricochet, la langue, la cuisine et les usages que l'on retrouve ensuite dans les villages du littoral, décrits dans notre chapitre culture et savoir-vivre.
Une visite guidée de la vieille ville reste le meilleur moyen de relier ces lieux entre eux et de leur donner un sens : voir notre fiche visite de la vieille ville, conduite par un guide francophone qui replace chaque bâtiment dans son époque.
Pour aller plus loin
Cette page reste volontairement un chapitre de repères, et non une monographie savante. Certaines dates exactes des tout premiers siècles de peuplement de l'archipel font encore débat entre historiens : nous préférons rester prudents plutôt que d'avancer un chiffre non vérifié. Notre page Stone Town prolonge ce récit avec le détail des monuments à visiter.
Vos questions fréquentes
L'histoire de Zanzibar se résume-t-elle au commerce des épices ?
Non. Les épices, et le girofle en particulier, expliquent l'essor économique du dix-neuvième siècle, mais l'histoire de l'archipel commence bien avant, avec le commerce swahili de l'océan Indien, et se poursuit après, avec le protectorat britannique puis la révolution de 1964.
Pourquoi Zanzibar fait-elle partie de la Tanzanie ?
Zanzibar est devenue indépendante en décembre 1963, puis a connu une révolution en janvier 1964 qui a renversé le sultanat. Quelques mois plus tard, l'archipel s'est uni au Tanganyika continental pour former la Tanzanie, tout en conservant un gouvernement et des institutions qui lui sont propres.
Reste-t-il des traces du sultanat à Zanzibar ?
Oui, en particulier à Stone Town : anciens palais, portes sculptées, mosquées et maisons de marchands rappellent l'époque du sultanat omanais. La cathédrale anglicane, elle, a été bâtie sur l'emplacement de l'ancien marché aux esclaves.



